Pas d’effusion de joie ce lundi au sein du Rassemblement national après la victoire historique en Allemagne de l’AFD (Alternative für Deutschland ce qui signifie « Alternative pour l’Allemagne ») aux élections régionales de Saxe-Anhalt. Le parti d’extrême droite, fondé en 2013 et allié du RN entre 2017 et 2024, a remporté 44 % des voix dans ce Lander, loin devant le centre-droit de la CDU (18 %), parti du chancelier Friedrich Merz.
Le RN a pris ses distances de l’AFD
Dimanche soir sur le plateau de LCI, le député du RN Jean-Philippe Tanguy a pris ses distances avec cette victoire de l’AFD, « prenant acte » de ce résultat : « Prendre acte d’un vote populaire, ce n’est pas se satisfaire du parti politique qui a gagné. Nous ne sommes pas alliés avec l’AfD pour un certain nombre de raisons, en particulier la défense de l’intérêt français par rapport à des prises de position qui sont contraires à l’intérêt de la France ». L’élu du Rassemblement national fait référence aux prises de position de l’AFD sur la Seconde guerre mondiale.
En 2024, en pleine campagne des élections européennes, Jordan Bardella avait dû mettre un terme à l’alliance de son parti avec l’AFD, qui durait depuis 2017, après les propos négationnistes de la tête de liste de l’AFD de l’époque Maximilian Krah. Ce dernier avait déclaré que « pendant la Seconde guerre mondiale, un SS n’était pas automatiquement un criminel ». Autre affaire visant le leader de l’AFD à l’époque : ses collaborateurs étaient soupçonnés d’espionnage des institutions européennes, pour le compte de la Russie et de la Chine.
Reconquête, seul allié français de l’AFD
Résultat, depuis 2024, le Rassemblement national ne siège pas dans le même groupe politique que l’AFD au sein du Parlement européen. Les eurodéputés RN français ont formé le groupe des Patriotes pour l’Europe (85 élus), avec notamment les troupes de l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán et de la Lega italienne de Matteo Salvini. De leur côté, les 15 eurodéputés allemands de l’AFD se voyaient obligés de créer leur propre groupe baptisé Europe des nations souveraines, dans lequel siège notamment Sarah Knafo, l’élue française du parti Reconquête, fondé par Eric Zemmour. Sarah Knafo est d’ailleurs l’une des rares figures politiques de l’Hexagone à se réjouir ouvertement ce lundi de la victoire de l’AFD. « Victoire historique de l’AfD en Saxe-Anhalt. Ce résultat n’a qu’une seule cause. Une seule.
50 ans d’impuissance volontaire, sur des sujets que les peuples tiennent pour existentiels. Les peuples européens ont eu beaucoup de patience. Aujourd’hui, ils veulent reprendre leur destin en main. C’est tout un continent qui se soulève », a-t-elle posté sur le réseau social X (ex-Twitter).
Des alliés européens aux positions prorusses, antisémites, révisionnistes
Parmi les 25 élus du groupe Europe des Nations souveraines (ENS), siègent des partis politiques d’extrême droite aux positions très polémiques. Côté italien, on y trouve Roberto Vannacci, un ex-général leader du parti Futuro Nazionale, parti à la vision identitaire et masculiniste, qui souhaite doubler par la droite Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien et son parti de droite radicale Fratelli d’Italia, aux élections de l’an prochain en Italie. Roberto Vannacci a imposé dans le débat public italien, le thème de la « remigration », politique visant à expulser les citoyens d’origine étrangère, à laquelle sont d’ailleurs favorables des membres de l’AFD.
Le groupe ENS compte aussi des formations politiques d’Europe centrale aux accents révisionnistes et antisémites, comme La Confédération de la couronne polonaise, parti polonais royaliste, négationniste et prorusse. Son président, Grzegorz Braun, a été poursuivi pour plusieurs propos et actes antisémites. Il a notamment nié l’existence des chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2023 à l’intérieur du Parlement polonais, Grzegorz Braun s’était attaqué à la fête juive de Hanoukka en éteignant avec un extincteur un chandelier à 7 branches, qualifiant cette fête religieuse de « satanisme ».
Côté bulgare, les trois élus du groupe ENS piloté par l’AFD, sont issus du parti Vazrazhdane (Renaissance), qui coopère avec le parti Russie Unie de Vladimir Poutine. Le parti tchèque Liberté et démocratie est aussi un soutien de l’AFD. Son leader Tomio Okamura, qui préside le Parlement tchèque, a été inculpé pour incitation à la haine raciale après la publication d’une affiche représentant un homme noir muni d’un couteau ensanglanté avec le slogan : « Les « chirurgiens » importés ne résoudront pas les lacunes de notre secteur de santé. ».
Face à toutes ces dérives des partis de la galaxie européenne de l’AFD, le Parlement européen a lancé en juillet dernier une enquête sur le parti Europe des nations souveraines concernant son respect des valeurs européennes, pouvant conduire jusqu’à la radiation de ce parti.

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