Lettre ouverte de l’ARIBEV au Préfet

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ARIBEV

Les professionnels des filières animales sont invités ce jour à 14h30 par M. Le Préfet dans le cadre du Comité de Transformation Agricole initié suite aux annonces présidentielles lors de sa venue en octobre 2019 pour aborder ce jour les contours du volet Agricole du Plan de relance pour La Réunion. Ils ont souhaité manifester leurs vives inquiétudes concernant la visibilité sur les fonds CIOM et POSEI avant de s’engager dans un Plan de relance.

Ainsi, le communiqué ci-dessous a été lu au Préfet par Olivier ROBERT, Président de l’ARIBEV (Association Réunionnaise Interprofessionnelle du bétail, viande et lait) avec le soutien du Président de l’ARIV (Association Interprofessionnelle Réunionnaise de la volaille et du lapin), du Président de la Chambre d’Agriculture, Frédéric VIENNE, et de la FRCA (Fédération Réunionnaise des Coopératives Agricoles) avant de quitter la séance.

Monsieur le Préfet,

Vous nous invitez à ce nouveau Comité de transformation de l’agriculture pour, je cite votre lettre, « faire le point avec la Chambre d’agriculture et les filières animales et végétales sur les stratégies menées et les projets en lien avec le plan de relance ».

Quelle est la situation des filières de diversification à La Réunion ?

Nous avons nourri la population réunionnaise pendant la crise du Covid. A la sortie de la crise, personne n’avait de mots assez forts pour souligner combien notre modèle d’organisation avait permis de tenir pendant la crise, c’est-à-dire de nourrir nos compatriotes. C’est une grande fierté pour nous.

Quelques semaines avant, le Président de la République, en visite sur notre île, avait vanté le « modèle de réussite pour les Outre-mer », en faisant même un motif de « fierté pour la France et les Réunionnais ».

Partant de ce constat, le Chef de l’État nous a demandé de viser « l’autonomie alimentaire d’ici 2030, et donc passer de 70% d’alimentation réunionnaise en production locale à 100%, et de développer l’export de produits à haute valeur ajoutée ».

Depuis cette déclaration forte, et claire, que fait l’État ?

  • Les aides du POSEI et du CIOM sont payées avec un retard de plus en plus important. Nous attendons encore le solde du paiement des aides dues au titre de 2019, qui représentent 10M€ pour les seules filières animales. Ces retards font que nous n’avons plus de trésorerie pour payer l’abattoir. Plus de trésorerie pour préfinancer les aides du POSEI dans la volaille depuis septembre, et à la fin du mois plus de trésorerie pour préfinancer les mêmes aides dans le bœuf. Plus de trésorerie pour financer les augmentations de production, notamment liées au Covid. Plus de trésorerie parce que les banques, fait inédit, deviennent elles-mêmes inquiètes sur le paiement des aides par l’État.

Comment atteindre l’autonomie alimentaire d’ici 2030 dans ces conditions ?

  • Alors que le gouvernement annonce un plan de relance de 100 milliards d’euros, nous nous épuisons depuis plus de 2 ans à demander une revalorisation des aides du complément national aux aides POSEI, que l’on appelle l’aide du CIOM. Cette aide doit être revalorisée à la hauteur de nos besoins de développement, et nous avons absolument besoin de davantage de visibilité en la matière. Imaginez que nous sommes en octobre 2020 et que nous n’avons toujours pas d’idée des montants qui nous seront versés au titre de 2019 !  Le Directeur de la DAAF nous a annoncé hier la mise en paiement d’une partie de notre demande pour le solde 2019, et le Directeur de l’ODEADOM ce matin nous confirmait le versement de 5M€ dans un premier temps, mais il faut que nous sachions plus précisément sur quels montants d’aide nous pouvons compter. On ne peut pas aborder les paiements versés au titre de 2020 dans les mêmes conditions d’absence totale de visibilité. Notre organisme payeur n’est pas certain d’arriver à financer notre développement parce qu’il n’y a plus assez de budget : il faut porter le CIOM à 50M€ dès 2021, car la tension monte entre les filières domiennes qui sont mises en concurrence pour obtenir les aides nécessaires à leur développement.

Sinon, comment atteindre l’autonomie alimentaire d’ici 2030 dans ces conditions ?

  • On nous annonce maintenant que l’Europe envisage une baisse du POSEI de 3,9%. C’est-à-dire que non seulement il n’y a plus assez d’argent pour financer les besoins actuels, mais en plus il va falloir apprendre à faire avec 4M€ d’aides en moins pour La Réunion, tous les ans ! Cette baisse annoncée du POSEI se doublera d’une baisse similaire du plafond du RSA alors que nous avons besoin que ce plafond augmente de 5M€.

Comment atteindre l’autonomie alimentaire d’ici 2030 dans ces conditions ?

  • Et quand nous demandons la permission de continuer à nous préfinancer sur fonds privés, c’est-à-dire de rendre obligatoires les cotisations, actuellement volontaires, que nous percevons sur nos propres filières, et malgré l’appui résolu de notre eurodéputé Bijoux, c’est encore non !

Comment atteindre l’autonomie alimentaire d’ici 2030 dans ces conditions ?

Monsieur le Préfet, comprenons-nous bien, il n’y a rien contre vous dans ce message et nous remercions d’ailleurs votre investissement et celui très appuyé des services de la DAAF auprès des filières.

Mais nous vous demandons très solennellement de faire remonter notre message à Paris.

Il faut que la parole présidentielle soit respectée, comme nous-mêmes.

Nous, nous sommes prêts à nous diriger vers la souveraineté alimentaire.

Mais comment voulez-vous que nous devisions sur des chiffres à 100 milliards quand nous n’arrivons pas à obtenir 10M€ de plus dans le CIOM ; que nous devons nous battre avec les banques pour maintenir nos lignes de crédits, et avec les administrations pour que nos aides soient payées dans les temps ? Il y a un côté humiliant à cette situation.

Nous ne pouvons pas nous asseoir tranquillement à cette table pour échanger sur les perspectives pour demain, alors que nous c’est aujourd’hui que nous sommes en train de souffrir.

Monsieur le Préfet, je vous remercie de m’avoir écouté. Je compte sur vous pour mobiliser Paris désormais.

En attendant, je suspends immédiatement ma participation aux Comités de transformation tant que nous n’aurons pas obtenu de réponses claires aux questions que nous posons poliment et posément depuis tant d’années. J’y reviendrai lorsque nous aurons obtenu plus de visibilité. Et j’encourage tous ceux qui se reconnaissent dans mes propos à faire demême.

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