Le carnisme à la Réunion

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Vachien

Voilà une image d’Épinal qui colle à l’imaginaire lorsqu’il est question de l’île de la Réunion : le fameux « vivre ensemble ». Il s’agit d’un concept pour le moins vague, mais qui véhicule l’idée de tolérance, de non-violence et d’altruisme. Le sommes- nous vraiment ? La question mérite d’être posée.

Au préalable, ce vivre ensemble participe plus d’une mosaïque de communautés qui par défaut a pris l’habitude de vivre les unes à côtés des autres, la contrainte géographique s’imposant de fait. Il est plus juste d’y voir du pragmatisme qu’une volonté de penser un projet commun.

L’objet du propos d’aujourd’hui est de constater que ce vivre ensemble ne concerne que les êtres humains vivant sur l’île, le monde animal y étant manifestement exclu.

En dehors des quelques animaux domestiques (chiens et chats) pour lesquels nous accordons des qualificatifs positifs, nos comportements alimentaires valident que manger de la viande est normal, naturel et nécessaire.

Cette ambivalence cognitive que les chercheurs nomment le « paradoxe de la viande » ou « carnisme » est de ne pas vouloir de mal aux animaux et cependant s’en nourrir, jouir des avantages que cela procure (bénéfices gustatifs, bénéfices en termes d’intégration sociale et religieuse) causant de la sorte leur souffrance et leur mort.

Le carnisme est d’ailleurs conceptualisé par Mélanie Joy (universitaire américaine) qui le définit comme une idéologie, un ensemble partagé de croyances, mais aussi de pratiques conformes à ces croyances.

Les Réunionnais ne diffèrent en rien du modèle économique globalisé. Des milliers de bêtes sont tuées dans nos abattoirs sans nous soucier de nos contradictions. Bien au contraire, nous valorisons une tradition culinaire et religieuse construite sur ce massacre de masse.

Le vivre ensemble dont nous nous vantons n’est en réalité qu’une façade, un outil de communication bien éloigné des valeurs pour le respect envers le vivant.

Les bustes de Gandhi dans nos villes symbolisent normalement notre attrait pour les valeurs de la non- violence, donc du végétarisme. Les faits sont autres. Nous consommons de la viande par habitude et par faiblesse. Nous choisissons le chemin de la norme et de la facilité alors que nous connaissons les impacts de cette consommation sur l’environnement et le changement climatique.

Il devient décisif à ce que le végétarisme à la Réunion ne soit plus le choix de quelques individus, mais celui de la société réunionnaise toute entière, un véritable projet politique.

Franck DUBOS (MAN OI)

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