Gouverner, c’est d’abord loger son peuple

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La Confédération Nationale du Logement (CNL) a récemment pointé certains déficits de la politique du logement à La Réunion. Je souhaitais réagir car le logement reste effectivement un sujet important qui conditionne la vie des Réunionnais.

Les études menées par l’INSEE en mai et juillet derniers pendant le confinement à La Réunion sont claires : la crise sanitaire a impacté les conditions de vie des Réunionnais. Cela se ressent notamment dans le domaine du logement.

Ces études montrent que les logements occupés par les Réunionnais sont trop petits (19% des ménages). De gros problèmes de vétusté (humidité, fuites, étanchéité, moisissures,…) néfastes pour la santé sont identifiés.

Les logements sont aussi inadaptés à la taille des ménages. Il est anormal que 136 000 personnes (10,4% des ménages) vivent dans un logement sur-occupé.

A ces problèmes matériels se rajoutent des complications relatives à la structure même des ménages : 86 340 personnes vivent dans une famille monoparentale et en appartement alors que 11 130 personnes de plus de 75 ans vivent seules. 56,2% d’entre elles sont sous le seuil de pauvreté (contre 11,8% sur le sol hexagonal)

Le risque lié à la dépendance et à la perte d’autonomie des Personnes âgées est donc élevé. Et souvent les femmes (au sein des familles monoparentales) sont victimes de souffrances psychologiques incommensurables.

Ces exemples montrent que la crise sanitaire a impacté les conditions de vie des Réunionnais les plus faibles, en aggravant une situation déjà préoccupante. La crise sociale est réelle. Il faut donc trouver des solutions.

Il serait souhaitable que les collectivités locales se penchent sérieusement sur cette problématique. Mettre en place une politique adaptée pour les personnes âgées en anticipant le vieillissement de la population et la perte d’autonomie, mobiliser les CCAS et le conseil départemental pour un suivi efficace et rapide des dossiers d’amélioration légère de l’habitat, conditionner systématiquement l’implication des bailleurs dans l’entretien régulier du parc locatif, accompagner les familles à sortir du sur-logement et à régler les soucis d’indivision, travailler sur l’amélioration des cadres de vie, accompagner les familles les plus modestes en améliorant leur « Reste à vivre », amplifier le plan national de lutte contre la pauvreté, éradiquer l’habitat indigne et les marchands de sommeil, mise en place de logements d’urgence,… ce sont autant de préconisations qui nous semblent essentielles. 

La lutte pour le droit au logement et à un logement décent doit se poursuivre. Elle doit s’inscrire dans les orientations à court (plan quinquennal 2018-2022 à réviser et à adapter localement) et à long (plan décennal à minima à définir en accord avec toutes les collectivités) termes. Elle doit s’inscrire dans une démarche de cohésion sociale. Une gouvernance territoriale, consensuelle et efficace est nécessaire à tous les niveaux.

Si nous voulons construire une société durable, nous devons nous y attarder. « Gouverner, c’est d’abord loger son peuple »disait l’Abbé Pierre dans ses « Pensées inédites pour un monde plus juste ».

Eric FRUTEAU – Demain La Réunion